Depuis plusieurs mois nous vous proposons de poser vos questions à Michel Houellebecq. A l'approche de la sortie de son film La possibilité d'une île le 10 septembre 2008 au cinéma il a répondu à une sélection des questions posées.

Avez-vous des projets sur un prochain roman? Comment envisagez-vous votre activité d'écrivain après ce premier film?

Pour l'instant je ne peux pas parler de mes prochains projets. Mais ce film n'a en rien enrayé mon activité d'écrivain.


Il y a une question fondamentale que je me suis toujours posée à la lecture des "Particules élémentaires": dans ce roman, vous démontrez de quelle manière nos sociétés occidentales tendent -paradoxalement- vers le modèle dystopique imaginé par Huxley dans "Le meilleur des mondes". Malgré le fait que le roman se présente clairement comme une CRITIQUE de cette tendance, j'ai toujours eu l'impression -à la lumière de vos déclarations et des livres que vous avez écrits par la suite -qu'en réalité vous l'approuviez. D'où ma question: aimeriez-vous vivre dans "le meilleur des mondes"?

Oui, tout le monde a envie de ça! Moi aussi.

Mais non! Notre société ne tend pas vers le modèle que propose « Le Meilleur des mondes », elle tend à s'en écarter. Dans "Les Particules élémentaires" j'expose clairement que la société occidentale n'a pas pris le modèle « Meilleur des mondes » mais un modèle compétitif. Contrairement au modèle d'Huxley, il y a compétition pour obtenir satisfaction sexuelle. C'est une longue discussion entre Michel et Bruno, les personnages principaux des "particules".


L'adaptation en film diverge-t-elle beaucoup de votre livre ? En quoi et pourquoi

J'ai voulu faire quelque chose qui soit axé sur la troisième partie du livre. Alors les amateurs d'Esther ne s'y retrouveront pas. En revanche, les amateurs de science fiction vont se régaler. C'est un vrai film de science fiction, sérieux, grave.


Quelles sont vos références cinématographiques ?

J'aime bien Spielberg, surtout "AI", c'est magique, émouvant. C'est un très beau film. J'aime bien Tarkovski également. C'est un peu chiant mais c'est bien. C'est intense... J'aimais bien Antonioni, mais c'était il y a longtemps.


Finalement, après cette expérience, qu'elle soit satisfaisante ou pas (de votre point de vue, du point de vue de la critique, du point de vue des spectateurs), est ce que le fait de réaliser a changé votre regard sur des films que vous avez visionnés?

Oui! ça a changé mon regard sur l'adaptation de mon roman « les particules élémentaires ». Je n'avais pas trouvé le film très bon, et après avoir fait mon propre film j'ai trouvé que le réalisateur avait sûrement des excuses. Il a été soumis à une très forte pression. C'était un film qui coûtait cher. Et j'ai senti le scénario de compromis. Le réalisateur c'est une pauvre bête: C'est un être très puissant mais aussi très exposé. Il y a beaucoup de pressions contradictoires qui s'exercent sur son travail.


Quel rapport faites vous entre secte, religion et notre société contemporaine?

Je pense que les religions sont bienvenues et les sectes sont des religions. On pourrait dire que ce sont des choses à encourager. Les gens ont l'air plus heureux, ils ont un modèle de comportement.

Ces deux premières sont-elles à l'origine du nihilisme de notre monde?

Non. Le nihilisme c'est plutôt l'absence de sectes et de religions. En réalité ces dernières luttent contre le nihilisme. Moi j'aime bien les sectes et les religions. Mais pour être honnête, quand j'étais enfant, je vivais dans une zone largement déchristianisée, et même le catholicisme était perçu comme une sorte de secte! Quand je croisais au lycée des gens appartenant à une famille catholique, j'avais l'impression qu'ils faisaient partie d'une secte! Ils allaient à la messe, ils faisaient des trucs bizarres...



Vous pouvez poser vos questions à Michel Houellebecq à l'URL http://www.lapossibiliteduneile-lefilm.com/michelhouellebecq/index.php?2007/12/05/19-posez-vos-questions-michel-houellebecq

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